Au moment de lancer son activité, un recruteur peut hésiter entre micro-entreprise, entreprise individuelle, EURL, SASU et portage salarial. Derrière ces sigles se cachent des différences concrètes : calcul des cotisations, déduction des frais, couverture sociale, TVA, comptabilité et manière de se rémunérer. Le statut le plus simple n’est pas toujours le plus adapté lorsque le chiffre d’affaires augmente ou que les dépenses d’outils, de sourcing et de prospection deviennent importantes. Ce guide compare les 5 options sans désigner de vainqueur universel, afin de vous aider à identifier les critères à simuler et les questions à poser à un expert avant de choisir.
Le statut freelance n’est pas une forme juridique
C’est la première chose à savoir. L’expression « statut freelance » est couramment employée, mais elle ne correspond pas à une forme juridique précise.
Un recruteur indépendant peut exercer en entreprise individuelle, éventuellement sous le régime de la micro-entreprise, créer une société unipersonnelle comme une EURL ou une SASU, ou passer par une société de portage salarial. Ces solutions ne se situent pas toutes sur le même plan.
La micro-entreprise est un régime fiscal et social simplifié de l’entreprise individuelle. L’EURL et la SASU sont des sociétés dotées de leur propre personnalité juridique. Le portage salarial repose, quant à lui, sur un contrat de travail conclu avec une entreprise de portage. Il ne s’agit donc ni d’une entreprise individuelle ni d’une société créée par le recruteur.
Avant de comparer les coûts, il faut déterminer ce que vous attendez réellement de votre structure : tester une activité, déduire des dépenses importantes, bénéficier du régime général, déléguer la gestion administrative ou préparer le développement d’une société.
Les critères à examiner avant de choisir
Le chiffre d’affaires envisagé est important, mais il ne suffit pas pour choisir un statut freelance. Deux recruteurs réalisant le même chiffre d’affaires peuvent avoir intérêt à retenir des solutions différentes selon leurs dépenses et leur situation personnelle.
| Critère | Pourquoi il compte pour un recruteur indépendant |
|---|---|
| Chiffre d’affaires prévisionnel | Il permet d’évaluer la compatibilité avec le régime micro et d’anticiper un éventuel changement de régime |
| Dépenses professionnelles | Les abonnements de sourcing, logiciels de recrutement, CVthèques, assurances, déplacements et actions commerciales peuvent réduire fortement la marge |
| Régularité des encaissements | Les honoraires de recrutement peuvent être irréguliers ou dépendre de la réussite d’une mission |
| Besoin de revenu personnel | Certaines structures facilitent une rémunération régulière, tandis que d’autres reposent directement sur le bénéfice réalisé |
| Protection sociale recherchée | Le niveau de couverture et la méthode de calcul des cotisations diffèrent entre travailleur indépendant et assimilé salarié |
| Situation France Travail | Le maintien de l’ARE dépend des droits ouverts, des revenus déclarés et de la rémunération, pas uniquement du nom du statut |
| Développement futur | L’arrivée d’un associé, l’embauche ou la constitution d’une équipe peuvent justifier une structure plus évolutive |
| Tolérance à l’administratif | Une société implique davantage de formalités juridiques, comptables et financières qu’une micro-entreprise |
Comparaison rapide des cinq possibilités
| Option | Nature | Fiscalité habituelle | Régime social | Déduction des frais réels | Niveau de gestion |
|---|---|---|---|---|---|
| Micro-entreprise | Régime simplifié de l’EI | Impôt sur le revenu après abattement forfaitaire | Travailleur indépendant | Non | Faible |
| Entreprise individuelle au réel | Entreprise en nom propre | Impôt sur le revenu, avec option possible pour l’IS | Travailleur indépendant | Oui | Modéré |
| EURL | Société à associé unique | IR par défaut dans certaines configurations, option possible pour l’IS | Travailleur indépendant pour le gérant associé | Oui | Élevé |
| SASU | Société par actions à associé unique | IS par défaut, option temporaire pour l’IR sous conditions | Assimilé salarié si le président est rémunéré | Oui | Élevé |
| Portage salarial | Contrat de travail avec une société de portage | Imposition d’un salaire | Salarié porté | Frais traités selon le contrat et les règles applicables | Gestion déléguée |
Ce tableau donne une première orientation. Il ne permet pas de comparer directement le revenu net, car celui-ci dépend notamment du montant des dépenses, de la rémunération choisie, des options fiscales et de la situation du foyer.
La micro-entreprise pour tester une activité avec peu de frais
La micro-entreprise est souvent choisie pour démarrer grâce à sa création rapide, à sa comptabilité allégée et au calcul des cotisations sociales sur le chiffre d’affaires encaissé. En l’absence d’encaissement, aucune cotisation proportionnelle n’est due, sauf si l’entrepreneur a demandé à acquitter des cotisations minimales.
En 2026, le plafond du régime micro applicable aux prestations de services et aux activités libérales est fixé à 83 600 euros de chiffre d’affaires annuel. Un dépassement ponctuel ne provoque pas systématiquement une sortie immédiate. Les règles tiennent notamment compte du dépassement pendant deux années consécutives.
Les taux de cotisations micro-sociales dépendent de la catégorie dans laquelle l’activité est enregistrée. En 2026, le taux est notamment de 21,2 % pour certaines prestations de services relevant des bénéfices industriels et commerciaux, de 25,6 % pour les professions libérales non réglementées ne relevant pas de la Cipav et de 23,2 % pour les activités libérales relevant de la Cipav.
Il ne faut pas déduire soi-même la catégorie applicable à partir du seul intitulé « recruteur indépendant ». La description exacte de l’activité déclarée et sa qualification par les organismes compétents doivent être vérifiées lors de l’immatriculation.
La principale limite de la micro-entreprise tient à l’absence de déduction des charges réelles. Les cotisations sont calculées sur le chiffre d’affaires encaissé, sans soustraire les abonnements à un ATS, à LinkedIn Recruiter, à une CVthèque ou à un outil de prospection. L’impôt repose également sur un abattement forfaitaire, et non sur les dépenses réellement supportées.
Cette solution est donc particulièrement lisible lorsque les frais sont faibles et que le chiffre d’affaires reste modéré. Elle peut devenir moins favorable si les dépenses de sourcing et de développement commercial absorbent une part importante des honoraires.
L’entreprise individuelle au réel pour déduire ses dépenses
L’entreprise individuelle permet d’exercer en son nom sans créer de société. Contrairement à une idée encore fréquente, l’entrepreneur individuel bénéficie aujourd’hui d’une séparation automatique entre son patrimoine personnel et son patrimoine professionnel. Cette protection connaît toutefois des exceptions, notamment dans certaines situations fiscales, sociales ou en cas de renonciation à la protection.
Le fonctionnement complet de l’entreprise individuelle est présenté par Service Public Entreprendre.
Au régime réel, le recruteur peut déduire les dépenses nécessaires à son activité, sous réserve qu’elles soient justifiées et fiscalement admises. Cette possibilité peut être déterminante lorsque le professionnel supporte plusieurs milliers d’euros par an en logiciels, bases de données, publicité, accompagnement commercial, déplacements ou sous-traitance.
L’entreprise individuelle est soumise par défaut à l’impôt sur le revenu. Une option pour l’impôt sur les sociétés peut être ouverte par assimilation à une EURL, sous réserve d’en mesurer les conséquences avec un professionnel.
L’entrepreneur relève du régime social des travailleurs indépendants. Les cotisations sont alors liées au revenu professionnel, avec des mécanismes de régularisation et, dans certaines situations, des cotisations minimales.
L’EI au réel peut convenir à un recruteur qui souhaite conserver une structure relativement simple tout en déduisant ses frais. Elle mérite d’être comparée à l’EURL lorsque l’objectif est de mieux distinguer l’activité professionnelle sans adopter le régime social de la SASU.
L’EURL pour exercer en société avec le régime des indépendants
L’EURL est une société à responsabilité limitée constituée par un seul associé. Elle dispose de sa propre personnalité juridique et nécessite la rédaction de statuts, le dépôt d’un capital, la tenue d’une comptabilité complète et l’approbation annuelle des comptes.
Il n’existe pas de capital minimal important imposé par la loi. Le montant doit néanmoins rester cohérent avec les besoins de l’activité et l’image financière que le recruteur souhaite présenter à ses partenaires.
Lorsque l’associé unique est une personne physique, l’EURL relève en principe de l’impôt sur le revenu, avec une option possible pour l’impôt sur les sociétés. Le choix modifie à la fois l’imposition du résultat et la base servant au calcul des cotisations sociales.
Le gérant associé unique relève du régime des travailleurs indépendants. Il ne perçoit pas juridiquement un salaire au même titre qu’un salarié. À l’impôt sur le revenu, ses cotisations sont calculées à partir du bénéfice professionnel. À l’impôt sur les sociétés, elles reposent principalement sur sa rémunération, ainsi que sur la fraction de certains dividendes dépassant le seuil prévu par la réglementation.
Des cotisations minimales peuvent rester dues même lorsque le gérant ne se verse aucune rémunération. L’EURL ne doit donc pas être présentée comme un moyen automatique de ne payer des cotisations qu’en présence de revenus personnels.
Elle peut convenir à un recruteur qui veut exercer en société, déduire ses charges réelles et conserver le régime social des indépendants. Son intérêt doit toutefois être comparé avec celui d’une EI au réel, car la société entraîne davantage de formalités.
La SASU pour privilégier la souplesse d’une société
La SASU est une société par actions simplifiée comprenant un seul associé. Elle offre une grande liberté dans la rédaction des statuts et peut évoluer plus facilement vers une SAS si d’autres associés rejoignent ultérieurement le projet.
La société relève par défaut de l’impôt sur les sociétés. Une option temporaire pour l’impôt sur le revenu peut être accessible pendant une durée maximale de cinq ans lorsque les conditions légales sont réunies.
Le président de SASU est assimilé salarié lorsqu’il reçoit une rémunération au titre de son mandat. Il dépend alors du régime général de la Sécurité sociale, mais ne bénéficie pas automatiquement de l’assurance chômage au titre de ce mandat.
Un président non rémunéré ne verse pas de cotisations sociales sur son mandat. En contrepartie, cette absence de rémunération ne crée pas de nouveaux droits sociaux liés à l’activité. Les dividendes constituent des revenus du capital et ne remplacent pas un salaire pour acquérir une protection sociale.
La SASU est parfois présentée comme systématiquement préférable pour conserver l’ARE. Cette affirmation est trop générale. Les conséquences dépendent de la date d’ouverture des droits, de la rémunération, des revenus déclarés et des règles applicables au dossier. La situation doit être vérifiée auprès de France Travail avant de fixer la stratégie de rémunération.
La SASU demande enfin davantage de gestion qu’une entreprise individuelle : statuts, décisions de l’associé, comptes annuels, déclarations fiscales et, en cas de rémunération, gestion de la paie. Elle peut être pertinente lorsque le régime général, la souplesse statutaire ou l’arrivée future d’associés constitue un critère important.
Le portage salarial pour déléguer la gestion administrative
Le portage salarial n’est pas un statut juridique créé par le recruteur. Il repose sur une relation entre le professionnel porté, l’entreprise cliente et la société de portage.
Le recruteur signe un contrat de travail avec la société de portage, tandis que celle-ci conclut un contrat commercial avec le client. Le professionnel reste toutefois responsable de la recherche de ses missions et de la négociation de leurs conditions. La société de portage n’a pas l’obligation de lui fournir du travail.
Le Ministère du Travail précise également que le salarié porté doit disposer d’un niveau suffisant de qualification, d’expertise et d’autonomie. Le recours du client au portage est encadré et doit correspondre aux situations autorisées, notamment une prestation ponctuelle nécessitant une expertise dont il ne dispose pas.
Pour une activité de recrutement, il convient donc de faire valider la compatibilité de la mission par la société de portage, particulièrement lorsque l’intervention s’inscrit durablement dans l’organisation du client.
Le portage permet de déléguer la facturation, les déclarations et une grande partie de l’administration. En contrepartie, le chiffre d’affaires finance les frais de gestion de la société de portage, les cotisations patronales et salariales ainsi que la rémunération nette. Deux offres doivent être comparées à partir de simulations détaillées, et pas seulement à partir du pourcentage de frais de gestion annoncé.
Cette solution peut intéresser un recruteur expérimenté qui dispose déjà de clients, souhaite bénéficier d’un cadre salarié et ne veut pas créer immédiatement sa propre structure.
TVA, ARE et protection du patrimoine : trois raccourcis à éviter
« Une SASU doit toujours facturer la TVA »
La forme juridique ne suffit pas à déterminer si la TVA doit être facturée. Une entreprise individuelle, une EURL ou une SASU peut bénéficier de la franchise en base si elle respecte les conditions applicables.
Pour les prestations de services, les seuils de franchise de TVA reposent en 2026 sur un seuil de base de 37 500 euros et un seuil majoré de 41 250 euros. La date exacte d’assujettissement dépend du chiffre d’affaires de l’année en cours et de celui de l’année précédente.
Le plafond de la micro-entreprise et le seuil de TVA sont donc deux limites différentes. Un recruteur peut rester au régime micro tout en devenant redevable de la TVA.
« La SASU permet automatiquement de conserver toute son ARE »
Le maintien de l’allocation ne dépend pas seulement de la structure choisie. France Travail prend en compte la situation du demandeur, ses revenus, sa rémunération et les règles correspondant à la date d’ouverture de ses droits.
Les règles de cumul entre ARE et création d’entreprise doivent être vérifiées avant l’immatriculation et avant toute décision de rémunération. Une simulation générique ne remplace pas l’étude du dossier individuel.
« La société protège toujours l’intégralité du patrimoine personnel »
La responsabilité limitée constitue une protection importante en EURL et en SASU, mais elle n’est pas absolue. Une faute de gestion, certaines garanties personnelles ou certains manquements peuvent engager le dirigeant au-delà de ses apports.
Inversement, l’entreprise individuelle bénéficie désormais d’une séparation automatique des patrimoines. Le choix d’une société ne doit donc pas reposer sur l’ancienne idée selon laquelle l’EI exposerait nécessairement tous les biens personnels.
Quel choix selon la situation du recruteur ?
| Situation dominante | Option à étudier en priorité | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Activité en phase de test avec peu de dépenses | Micro-entreprise | Cotisations calculées sur le chiffre d’affaires sans déduction des frais |
| Dépenses importantes en logiciels et sourcing | EI au réel, EURL ou SASU | Comparer le revenu net après charges, fiscalité et comptabilité |
| Volonté d’exercer en société sous le régime des indépendants | EURL | Cotisations minimales et base sociale variable selon le régime fiscal |
| Recherche du régime général et d’une structure évolutive | SASU | Coût de la rémunération et absence d’assurance chômage liée au mandat |
| Volonté de déléguer l’administration tout en conservant un cadre salarié | Portage salarial | Frais, conditions d’accès et compatibilité des missions |
| Maintien de droits France Travail | Comparaison individualisée | Ne pas choisir uniquement sur la base de conseils génériques |
| Projet d’accueillir rapidement un associé | SASU ou EURL évoluant en société pluripersonnelle | Anticiper la gouvernance et la rédaction des statuts |
Ces orientations servent à organiser la comparaison. Elles ne constituent pas une recommandation juridique ou fiscale individualisée.
Construire une simulation sur douze mois
Une comparaison utile ne consiste pas à opposer un taux de cotisations micro à un taux de charges en société. Les bases de calcul, les droits sociaux et la déduction des dépenses ne sont pas identiques.
Préparez une hypothèse réaliste sur douze mois comprenant :
- le chiffre d’affaires effectivement encaissé, avec une hypothèse basse et une hypothèse haute
- les abonnements de sourcing, logiciels, CVthèques, assurances et dépenses commerciales
- les délais de paiement et le besoin de trésorerie entre deux recrutements
- le revenu personnel souhaité, la couverture sociale recherchée et les perspectives d’association
Le questionnaire officiel d’aide au choix de la forme juridique permet d’effectuer un premier tri. Le simulateur de revenus de l’Urssaf aide ensuite à tester plusieurs hypothèses. Bien sûr, les résultats restent indicatifs. Ils doivent être complétés par l’examen de la situation fiscale du foyer, des droits France Travail, des autres revenus et des dépenses réellement nécessaires à l’activité.
Si vous remplissez les conditions d’éligibilité, l’ACRE peut réduire temporairement certaines cotisations sociales au démarrage. Cette aide ne doit toutefois pas déterminer à elle seule le choix de votre structure. Consultez notre guide consacré à la demande d’ACRE pour un recruteur indépendant pour vérifier les délais, les formulaires et les taux applicables en 2026.
Peut-on changer de statut plus tard ?
Le premier choix n’est pas irréversible. Un micro-entrepreneur peut passer à un régime réel d’entreprise individuelle. Il peut également créer une EURL ou une SASU et organiser le transfert de son activité.
Ces changements peuvent toutefois entraîner des formalités, des coûts et des conséquences fiscales. Ils peuvent aussi nécessiter le transfert des contrats, des outils, des créances ou de la clientèle à la nouvelle structure.
Anticiper un changement probable évite de devoir restructurer l’activité quelques mois après son lancement. À l’inverse, créer immédiatement une société complexe n’est pas toujours justifié lorsque le chiffre d’affaires et les dépenses sont encore très incertains.
Choisir un statut cohérent avec son modèle d’activité
Pour un recruteur qui teste son marché avec peu de frais, la micro-entreprise offre généralement le cadre le plus lisible. Lorsque les dépenses augmentent, l’entreprise individuelle au réel, l’EURL et la SASU permettent de raisonner à partir du bénéfice plutôt que du seul chiffre d’affaires. Le portage répond à une logique différente : exercer de manière autonome dans un cadre salarié en déléguant l’administration.
Le bon statut freelance est celui qui reste cohérent après prise en compte des frais de sourcing, du rythme des encaissements, de la protection sociale, de la rémunération et des perspectives de développement. Avant de vous engager, comparez plusieurs simulations avec un expert-comptable ou un professionnel du droit.
Le choix juridique ne représente qu’une composante du projet. Pour découvrir le cadre d’accompagnement et le modèle proposé par Achil, consultez la page devenir consultant indépendant en recrutement.
Envie d’en savoir plus et de comparer ce que chaque statut représente en monnaie sonnante et trébuchante ? On ne peut que recommander l’excellent simulateur de statut juridique (SASU vs. Entreprise Individuelle vs. Micro-entreprise) préparé par l’URSSAF, disponible ci-dessous.
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