En 2026, parler des salaires dans la banque et l’assurance exige de distinguer trois réalités : les rémunérations effectivement observées, les fourchettes proposées lors des recrutements et les minima imposés par les conventions collectives. Ces indicateurs ne mesurent pas la même chose et ne doivent pas être additionnés ou comparés sans précaution. Pour les décideurs RH, l’enjeu de 2026 n’est donc pas simplement de connaître « le salaire moyen dans la banque ou l’assurance ». Il consiste à construire des fourchettes cohérentes avec le métier, l’expérience, la localisation, le niveau de responsabilité, le variable et la rareté réelle des compétences.

Les statistiques consolidées les plus récentes couvrent principalement 2024 ou 2025. Les grilles par métier publiées pour 2026 sont, quant à elles, des estimations de marché construites à partir de missions de recrutement, d’entretiens avec les candidats et de bases salariales de cabinets spécialisés. Elles constituent des repères utiles pour budgéter un recrutement, mais pas un recensement exhaustif des salaires versés en France.

Un marché de l’emploi toujours massif, mais plus sélectif

La banque reste l’un des principaux employeurs privés français. Les établissements adhérant à la Fédération bancaire française comptaient 368 800 salariés à la fin de 2025, contre 373 600 à la fin de 2024. Ils ont réalisé 34 400 recrutements en 2025, dans un contexte de recul maîtrisé des effectifs de 0,7 % sur un an.

Cette baisse globale ne signifie pas que les recrutements sont gelés. Elle traduit plutôt une recomposition des besoins. En 2025, les métiers de la relation client représentaient 53,3 % des recrutements bancaires en CDI, tandis que les fonctions technologiques atteignaient 15,9 %, soit trois points de plus qu’en 2024. La conformité et les risques représentaient 8,8 % des recrutements, alors que le back-office reculait à 2,6 %.

L’assurance présente une dynamique différente. Le périmètre étudié par l’Observatoire de l’évolution des métiers de l’assurance comptait 161 300 salariés au 31 décembre 2024, en progression moyenne de 1,8 % par an depuis 2019. Les entreprises du panel avaient recruté 20 100 personnes au cours de 2024, et 93,3 % des salariés étaient en CDI (rapport ROMA 2025).

Les deux secteurs recrutent donc toujours, mais la valeur se déplace vers les fonctions capables d’associer expertise réglementaire, analyse quantitative, maîtrise technologique et compréhension opérationnelle.

Quel salaire dans la banque en 2026 ?

Les fourchettes suivantes proviennent de l’étude Michael Page 2026. Elles correspondent à des salaires bruts annuels fixes, exprimés en milliers d’euros, pour des postes situés en région parisienne. Elles sont établies à partir des recrutements réalisés par le cabinet, des entretiens conduits par ses consultants et de sa base salariale ; elles constituent donc des estimations de marché, pas des moyennes nationales exhaustives (méthodologie Michael Page).

Banque de détail et gestion de clientèle

Métier0 à 2 ans2 à 5 ans5 à 10 ans10 ans et plus
Téléconseiller28-30 k€30-34 k€35-40 k€38-42 k€
Conseiller clientèle particuliers32-35 k€35-40 k€38-44 k€Plus de 45 k€
Conseiller en gestion de patrimoine38-42 k€42-46 k€46-52 k€50-60 k€
Conseiller clientèle professionnels40-44 k€44-50 k€50-58 k€55-60 k€
Directeur d’agence44-48 k€46-50 k€50-60 k€Plus de 60 k€

La lecture RH doit rester prudente : le variable commercial, l’intéressement, la participation et les avantages collectifs ne sont pas inclus dans ces montants fixes. Deux packages affichant le même fixe peuvent donc produire des rémunérations globales sensiblement différentes.

Crédit, banque privée et financements spécialisés

Un analyste crédit se situe entre 40 et 45 k€ en début de carrière, puis entre 60 et 75 k€ après dix ans d’expérience. Un chargé d’affaires entreprises débute entre 42 et 45 k€, tandis qu’un chargé d’affaires grandes entreprises se situe entre 55 et 60 k€ au même stade (étude Michael Page 2026).

En banque privée, la grille progresse rapidement : le fixe d’un banquier privé est estimé entre 55 et 65 k€ jusqu’à deux ans d’expérience, entre 75 et 95 k€ après cinq à dix ans et à plus de 100 k€ au-delà de dix ans (Michael Page). Là encore, la rémunération totale peut être supérieure lorsque s’ajoute une part variable liée aux actifs confiés, à la collecte ou aux résultats commerciaux.

Marchés financiers, data et fonctions quantitatives

Les fonctions quantitatives et d’investissement présentent les fourchettes les plus étendues. Pour 2026, Michael Page positionne l’analyste quantitatif entre 45 et 52 k€ jusqu’à deux ans d’expérience et entre 90 et 100 k€ après dix ans. Le data scientist est situé entre 45 et 55 k€ en début de carrière, puis entre 90 et 110 k€ au niveau le plus expérimenté (étude 2026).

Dans le M&A, l’ECM ou le DCM, la fourchette va de 55-65 k€ pour les profils les moins expérimentés à plus de 150 k€ pour les niveaux les plus élevés recensés. Un directeur d’investissement ou de fonds est positionné entre 100 et 120 k€ dès la première tranche d’expérience de la grille, puis à plus de 180 k€ au-delà de dix ans (Michael Page). Ces chiffres concernent le fixe : ils ne décrivent pas les bonus, qui peuvent occuper une place importante dans certaines activités de marché ou d’investissement.

Le recoupement Apec confirme le niveau élevé, tout en employant une autre définition. En 2025, la rémunération médiane des cadres des opérations bancaires et des marchés financiers atteignait 60 k€ brut annuel, fixe et variable compris. Huit cadres sur dix se situaient entre 41 et 92 k€, et 62 % percevaient une part variable (étude Apec 2025 sur la rémunération des cadres). Il n’y a pas contradiction avec Michael Page : l’Apec mesure des cadres en poste, regroupe plusieurs métiers et inclut le variable, tandis que Michael Page segmente des fourchettes de recrutement par fonction et ancienneté.

Conformité, risques et contrôle interne : des métiers stratégiques

Dans la banque, un analyste risques est positionné entre 40 et 45 k€ jusqu’à deux ans d’expérience, entre 55 et 70 k€ après cinq à dix ans, puis entre 70 et 80 k€ au-delà de dix ans. Un responsable RCCI ou RCSI se situe entre 60 et 75 k€ en début de grille et à plus de 110 k€ au niveau le plus expérimenté. Pour un directeur conformité et contrôle interne, les fourchettes commencent à 90-110 k€ et dépassent 150 k€ après dix ans (Michael Page 2026).

L’Apec fournit un point de comparaison indépendant : pour la famille regroupant notamment les risk managers, chargés de conformité et auditeurs internes, la rémunération médiane 2025 était de 66 k€ fixe et variable compris. Huit cadres sur dix percevaient entre 45 et 94 k€, 70 % avaient une composante variable et le montant médian de celle-ci était de 5 000 € (Apec).

Ces niveaux s’expliquent en partie par la technicité et la responsabilité des postes, mais les sources consultées ne permettent pas de mesurer isolément l’effet causal de chaque compétence sur le salaire. Il serait donc excessif d’attribuer automatiquement une prime précise à la seule connaissance d’une réglementation ou d’un outil.

Quels salaires dans l’assurance en 2026 ?

Gestion des contrats et des sinistres

Métier0 à 2 ans2 à 5 ans5 à 10 ans10 ans et plus
Gestionnaire santé ou prévoyance28-30 k€30-32 k€32-34 k€35-38 k€
Gestionnaire de sinistres corporels38-40 k€40-44 k€44-49 k€49-60 k€
Gestionnaire de production IARD entreprises32-34 k€34-38 k€38-43 k€43-48 k€
Gestionnaire de sinistres IARD entreprises36-40 k€40-43 k€43-48 k€48-55 k€
Souscripteur dommages, RC, construction ou collectif40-47 k€47-53 k€53-65 k€65-80 k€

Les écarts entre la gestion standardisée et la souscription spécialisée sont déjà visibles dès le début de carrière. Ils s’élargissent avec l’expérience, notamment lorsque le poste implique l’analyse de risques complexes, la négociation avec des courtiers ou la responsabilité d’un portefeuille professionnel.

Pour la famille Apec « souscription et gestion en assurances », la rémunération médiane 2025 était de 56 k€ brut annuel, fixe et variable compris. Huit cadres sur dix percevaient entre 40 et 88 k€. La médiane atteignait 63 k€ en Île-de-France, contre 48 k€ dans les autres régions (Apec 2025).

Actuariat, risques et direction technique

L’actuaire demeure l’un des profils les mieux rémunérés de l’assurance. La grille Michael Page situe son fixe entre 50 et 55 k€ jusqu’à deux ans d’expérience, entre 55 et 75 k€ après deux à cinq ans, entre 70 et 100 k€ après cinq à dix ans, puis à plus de 100 k€ au-delà (étude 2026).

Le recoupement Apec donne une médiane 2025 de 64 k€ pour l’ensemble de la famille de l’actuariat, variable compris. Huit cadres sur dix se situaient entre 48 et 79 k€, 52 % bénéficiaient d’un variable et le montant médian de cette part était de 6 000 € (Apec).

Pour les autres fonctions transverses, Michael Page positionne le risk manager entre 60 et 75 k€ jusqu’à deux ans d’expérience, puis entre 90 et 110 k€ après cinq à dix ans. Le directeur technique se situe entre 65 et 85 k€ dans la première tranche, entre 100 et 120 k€ après cinq à dix ans et à plus de 120 k€ au-delà (Michael Page).

Paris-régions : éviter les corrections automatiques

Les grilles Michael Page sont calibrées sur la région parisienne. Pour la banque et l’assurance, le cabinet indique des décotes indicatives de 5 à 10 % en Auvergne-Rhône-Alpes et dans les Hauts-de-France, de 10 à 15 % en Normandie, de 5 à 15 % dans le Grand Est et de 10 à 20 % en Nouvelle-Aquitaine ou en Occitanie. Pour la Bretagne et les Pays de la Loire, aucune valeur exploitable n’est fournie dans ces deux sections.

Ces pourcentages ne doivent pas devenir des coefficients automatiques appliqués à tous les postes. Une fonction rare implantée dans une métropole régionale, un centre d’expertise national ou une activité frontalière peut s’écarter nettement de la tendance générale.

Minima conventionnels : un plancher, pas un benchmark de recrutement

Dans la branche des sociétés d’assurances, les accords conclus le 10 juin 2026 ont revalorisé rétroactivement les rémunérations minimales au 1er janvier 2026 : 2 % pour les classes administratives 1 à 3 et certains commerciaux non-cadres, 1,4 % pour la classe 4, 0,8 % pour les classes 5 et 6 et 0,4 % pour la classe 7 (France Assureurs).

Dans les agences générales d’assurances relevant de l’IDCC 2335, la grille étendue va de 23 194 € brut annuel pour la classe 1 à 44 383 € pour la classe 6, à compter du 1er janvier 2026 (Légifrance).

Dans la banque, l’accord salarial du 16 avril 2026 a été rendu obligatoire pour les employeurs entrant dans le champ de la convention collective nationale par un arrêté d’extension publié le 27 juin 2026 (Légifrance). Ces minima conventionnels sécurisent la conformité juridique ; ils ne suffisent pas à déterminer un salaire compétitif pour un poste pénurique ou fortement spécialisé.

Pouvoir d’achat : une progression nominale ne garantit pas un gain réel

La Banque de France projetait en juin 2026 une progression de 2,1 % du salaire moyen par tête dans le secteur marchand pour l’ensemble de l’année, contre une inflation IPCH de 2,5 %. Elle anticipait donc un recul temporaire du pouvoir d’achat du salaire moyen en 2026 (projections économiques de la Banque de France pour 2026).

Il s’agit d’une projection macroéconomique, non d’une prévision propre à la banque ou à l’assurance. Elle suggère néanmoins qu’une hausse nominale faible peut être perçue comme une perte réelle par les salariés. Pour les directions RH, la communication doit donc distinguer augmentation individuelle, mesure collective, progression du variable et évolution du pouvoir d’achat.

Transparence salariale : préparer les systèmes sans inventer le droit applicable

La directive européenne 2023/970 fixait au 7 juin 2026 la date limite de transposition par les États membres (texte de la directive sur Légifrance). Or, dans une réponse publiée le 18 juin 2026, le ministère du Travail indiquait que les travaux français étaient encore en cours et que le projet devait être transmis au Conseil d’État puis au Parlement (Sénat). Une commission sénatoriale a également constaté le 22 juin que le délai n’avait pas été respecté (Sénat).

À la date de recherche du présent article, une source officielle suffisamment précise confirmant l’adoption définitive ultérieure d’une loi française de transposition n’a pas été trouvée. Il serait donc incorrect d’affirmer que toutes les obligations détaillées de la directive sont déjà directement applicables aux employeurs français selon des modalités nationales stabilisées.

En revanche, les entreprises peuvent dès maintenant documenter leurs critères de rémunération, cartographier les emplois de valeur comparable, vérifier la cohérence des fourchettes, tracer les décisions individuelles et auditer les écarts inexpliqués.

Quelles priorités pour les DRH en 2026 ?

Une politique salariale robuste dans la banque et l’assurance devrait reposer sur 5 décisions.

  • Premièrement, séparer clairement le fixe, le variable cible, le variable effectivement versé, l’intéressement, la participation et les avantages.
  • Deuxièmement, construire les bandes salariales par famille de postes et niveau de contribution, plutôt que par intitulé seul.
  • Troisièmement, utiliser plusieurs références : données internes, grilles conventionnelles, statistiques Apec et benchmarks de recrutement.
  • Quatrièmement, réexaminer plus fréquemment les fonctions exposées à la conformité, à la data, à l’actuariat, à la cybersécurité ou aux risques.
  • Enfin, documenter chaque dérogation à la bande prévue afin de limiter les incohérences futures.

Le principal enseignement de 2026 est moins une flambée généralisée des salaires qu’une différenciation croissante. Les postes d’exécution et de gestion standardisée restent encadrés par des fourchettes relativement contenues. À l’inverse, l’expertise quantitative, réglementaire, technologique ou commerciale complexe peut conduire à des niveaux sensiblement supérieurs. La réponse RH pertinente n’est donc pas une hausse uniforme, mais une architecture de rémunération lisible, vérifiable et suffisamment souple pour traiter les compétences rares.

Pour recruter des profils pénuriques en conformité, actuariat, risques ou gestion de patrimoine, les entreprises peuvent s’appuyer sur un cabinet de recrutement spécialisé en banque et assurance.

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